18 août 2017 ~ 0 Commentaire

L’écriture, la retranscription de la langue

Aujourd’hui, nous nous attaquons à un gros dossier, sur lequel repose exclusivement ce travail ou toute la société en général : l’écriture. Nous allons pour cela nous baser sur l’article universitaire de Mme LOJKINE intitulé « Qu’est-ce que l’écriture ? ». Elle aborde dans cet article deux visions de l’écriture, que sont celles de Roland BARTHÈS et de Jacques DERRIDA? Toutefois, avant de nous lancer dans le résumé du travail de Mme LOJKINE, un petit point définition s’impose. Nous pourrions mettre en exergue deux définitions différentes, l’une technique et l’autre ayant plus trait sur l’expression même d’écriture. Selon la première définition, l’écriture servirait à retranscrire le langage grâce à trois grandes familles (ou formes) d’écriture, que sont l’hyéroglyphique (aussi appelée l’idéographique), la syllabique et l’alphabétique. Selon la définition portant sur l’expression même d’écriture, nous pouvons fire su’elle est devenue l’apanage des personnes lettrées (écrivains, journalistes, philosophes) écrivant des textes engagés ou non.

 

Comme dit plus haut, l’article universitaire de Mme LOJKINE se porte sur les travaux des spécialistes dans le domaine Roland BARTHÈS et Jacques DERRIDA. Nous allons commencer par nous oencher sur la question de l’utilité de l’écriture abordée par Barthès. Dans ses travaux, il commence par évoquer le cas du journal Le père Duchesne. Il s’agit d’un journal du XXè siècle sur lequel il faut noter quelques caractéristiques. Tout d’abord, nous pouvons évoquer le fait que le vocabulaire utilisé par le journal est assez vulgaire, ce qui n’est pas représentatif de la langue parlé durant ce siècle. Ensuite, il y a une utilisation répétée des termes « foutre », « bougre » et « indissolubricité » (néologisme connoté qui rabaisse le terme « indissobilité » à un jeux sexuel noble) qui pourraient sérieusement faire penser à un journal utilisant un langage légèrement connoté. Concernant le terme « indissolubilité », il met en évidence une critique des valeurs catholiques que sont : le mariage, l’aristocratie pieuse, le clergé réfractaire, et plein d’autres encore. Utiliser ici un langage connoté, que nous pourrions facilement retrouver dans un texte assez important puisqu’il sort des normes langagières en vigueur en société, pourrait être en réalité une stratégie de discours. Ainsi, nous pouvons voir trois points qui corroborent cette idée : il nous est possible de lier rapidement un texte connoté à un courant politique et/ou idéologique, de voir que le texte romancé décrit (dans le meilleur des cas)une classe sociale dans le milieu conventionnel et un courant révolutionnaire radical (CRR) dans le monde politique. Pour finir avec cette partie, il est envisageable de lier une écriture prise de position avec le CRR que nous avons précédemment vu.

Continuons par évoquer une autre approche de l’écriture formulée par Barthès : le rôle fonctionnel qu’elle joue entre les deux objets que sont la langue et le style. Selon lui, l’écriture serait une opposition entre la langue, qui, avec sa structure horizontale, équivaut à l’axe syntagmatique du discours, et le style, dont la structure verticale serait l’équivalent du mouvement végétal ou d’un dépôt. Il faut également noter que ces deux notions sont les deux préalables à toute expression, quelle qu’elle soit. Si nous les représentons sous forme de graphique, avec la langue en abscisse et le style en ordonnée, nous pouvons noter la corrélation entre les objets que nous venons de voir et le mouvement engagé et fonctionnel de l’écriture. Cette dernière se trouve être le niveau entre-deux de la structure linguistique et stylistique, structure par rapport à laquelle l’écriture s’extrairait de son approche fixiste dans une approche logique.

Toujours selon Barthès, nous serions dans l’impossibilité de trouver une définition structurale de l’écriture à cause des apories politique (et plus précisément marxiste), romanesque et poétique. Une aporie est, en rhétorique, une contradiction insoluble qui apparait dans un raisonnement. Commençons par évoquer la vision marxiste de l’écriture. Selon elle, il existerait une opposition entre le langage parlé, qui suit l’ère du temps, et celui écrit, qui serait restreint par le pouvoir politique. Ainsi, dans cette optique, l’écriture qui suivrait le plus les réglementations pourrait être considérée comme étant la plus pure, ce qui serait le cas de l’écriture politique, par exemple. Si nous continuons par là, nous pourrions mettre face à face l’écriture rhétorique classique et le « degré zéro » de l’écriture résidant dans la neutralité technique et scientifique. Cette écriture neutre possède également un certain lexique connoté plutôt dans les domaines intéressés. Changeons à présent d’aporie et intéressons-nous à présent à celle du roman. Le roman est un moyen d’expression plus souple que les autres, puisqu’il permet l’utilisation de temps verbaux que l’oral, par exemple, n’utilise plus, tel le passé simple. Ce dernier voit d’ailleurs la construction d’un « monde stylisé », ce monde comportant son propre ordre et ses propres valeurs. Selon Barthès dans son livre Le degré zéro de l’écriture, « le Roman est une mort » (p 159), citation que nous pourrions interpréter par le fait que le roman doit répondre à un « cahier des charges » très strict si l’écrivain veut le vendre. Nous retrouvons cette idée à la page 160 dans la citation suivante : « l’écriture, libre à ses débuts, est finalement le lien qui unit l’écrivain à une Histoire elle-même enchainée : la société la marque des signes bien clairs de l’art afin de l’enchainer plus sûrement dans sa propre aliénation ». Cette définition assez pessimiste de l’écriture romanesque tendrait à prouver que le jeune écrivain en devenir est lobotomisé à toujours produire et proposer les mêmes schémas narratifs. Enfin, intéressons-nous à l’aporie poétique. Nous pouvons noter dans cette aporie une différenciation entre une vision classique, où la poésie serait un couple complément de l’écriture, et une vision moderne, où la poésie se réduit à la valeur minimale du mot. La poésie moderne oppose aussi le « degré zéro » de l’écriture prosaïque à l’écriture galante  de la poésie elle-même. Toutefois, Rimbaud initia un changement radical pour permettre à la poésie de devenir « une Nature fermée qui embrasserait à la fois la fonction du langage » (p 162). Il faut donc distinguer l’apparence et l’apparente clarté de la poésie classique et l’obscurcissement de la poésie moderne (dépeinte comme étant la « destruction » du langage). Pour conclure ce long paragraphe et cette partie sur la poésie, il ne faut pas oublier que les apories sont victimes de heurts qui sont dûs au mouvement écrasant de l’histoire et l’analyse structurelle de l’écriture.

Terminons cette tout aussi longue partie sur Barthès par évoquer sa vision de l’histoire de l’écriture. Selon lui, il n’existerait pas d’écriture sans langue prédéfinie, et une bonne écriture doit nécessairement se faire avec une bonne langue. La France a vu le passage successif de deux écritures différentes : tout d’abord une écriture « classique » (1650-1850) et ensuite une écriture « artisanale » (1850-nos jours). L’écriture « classique » désigne une écriture bourgeoise valorisant la clarté, mais elle veut aussi une rentabilité de la parole avec la réduction de l’écriture à l’expression la plus simple. L’écriture « artisanale » voit en Flaubert son premier représentant, puisqu’il est le premier écrivain à évoquer le travail rédactionnel et réflexionnel derrière ses romans. Toutefois, nous pourrions rattacher ce comportement à l’idéal de transparence classique, idéal qui va rapidement évolué en un idéal de description de la réalité, ce qui a pour conséquence une impossibilité de la durée à long terme de la description réaliste, car ça crée automatiquement une « convention du réel ». Nous avons ainsi une contradiction évidente entre la nature même de l’écriture (utilisation morale et idéologique) et son but final. Pour finir sur le sujet de l’écriture, nous devons dire qu’elle s’oppose à l’écriture dite « naturaliste », car il s’agit d’une forme d’écriture conventionnée qui a beaucoup évoluée au fil du temps. Comme nous l’avons vu, l’écriture a évolué pour passer d’une écriture classique à une écriture blanche. Mais Camus va plus loin en inventant une « écriture basique ». Nous pouvons l’expliquer par cette citation de Barthès : « Malheureusement, rien n’est plus infidèle qu’une écriture blanche ; les automatismes s’élaborent à l’endroit même où se trouvaient avant des libertés » (p 180). Les conséquences de la disparition récente de l’écriture sont l’explosion de l’unité linguistique avec la fin de la littérature classique au milieu du XIXe siècle et la volonté d’une description plus réaliste du monde. Nous pouvons aussi noter l’apparition des écoles Proustienne (prévoyant un écartèlement de la langue du roman dans lequel chaque personnage aurait son propre langage) et Célinienne (école selon laquelle le langage oral d’un groupe social prédéfinie influence forcément le langage écrit). Dernière petite information sur le livre de Roland BARTHÈS, « l’utopie du langage » qu’il décrit révèle l’authenticité illusoire que l’écriture produit elle-même.

Pour conclure sur Le degré zéro de l’écriture, nous pouvons nous questionner sur le devenir de l’analyse que l’auteur y développe. Nous pouvons noter le déclin de la littérature en tant qu’écriture. Ainsi, nous pouvons voir le remplacement de la littérature qualifiée de classique par une littérature plus « scénarisée », facilitant dans le même temps le transfert du livre au cinéma afin de le rentabiliser au maximum. Dans un autre registre, la « littérature non-écriture » n!est plus à considérer dzns un espace national (pour nous la France) comme nous avions l’habitude de le faire auparavant, mais plutôt dans l’espace mondialisé de la francophonie Française, englobant le Maghreb, l’ouest Africain, le Québec, la Wallonie ou encore les Antilles Françaises. Nous pourrions qualifier cette situation par l’expression d’Edouard Glissant comme quoi la langue Française subirait une « créolisation ».

 

Nous allons à présent nous intéresser au livre de Jacques DERRIDA intitulé L’étude de l’écriture. Ce livre se penche sur l’écriture d’une manière totalement différente du livre de Roland BARTHÈS, puisque Derrida s’intéresse à la linguistique de l’écriture, ou plutôt à la grammatologie de cette dernière. Avant de nous lancer plus amplement dans l’analyse de ce livre, intéressons-nous aux définitions des termes que nous utiliserons par la suite : la linguistique désigne l’étude des langues en général afin d’en faire ressortir des principes généraux (fonctionnement, etc.) alors que la grammatologie est la science étudiant l’écrit d’une langue cible. A cause de la primauté affirmée et voulue par l’Académie Française de la linguistique sur la grammatologie, il existe un préjugé tenace dans l’esprit des locuteurs sur la construction de l’écriture que nous pourrions présenter ainsi : pensée>parole>écriture. Bien sûr, cette dépréciation de l’écriture par la linguistique est tellement imprégné dans l’esprit collectif qu’elle mène immanquablement à la perte de l’intonation et de l’inflexion. C’est sans doute dans cette optique que, selon Derrida, s’imbrique la volonté des grammatologues de détruire le modèle linguistique en se basant sur des raisons ethnologique ou théologique.

Mais sur quoi sont-elles fondées ? Tout d’abord, nous pouvons trouver trois arguments soutenant la raison ethnologique, dont deux concernent les systèmes d’écriture. Selon Derrida, l’écriture utilisant l’alphabet Grec (Europe, Asie Mineure et Amériques actuelles) possédant un nombre restreint de lettres (entre 24 et 33 lettres selon le pays) est considérée comme la forme d’écriture la plus évoluée. Toujours selon l’auteur, l’écriture par idéogrammes ou lopogrammes (hiéroglyphes égyptiens, idéogrammes chinois, kanjis japonais ou glyphes mayas) serait considérée par les grammatologues comme étant une écriture pré-alphabétique (et donc incomplète ou n’ayant pas fini son évolution). Ainsi, cette écriture, que nous pourrions qualifier de langue à proprement parler (ayant une pensée et une logique propre), influence la langue parlée, puisque chaque système a sa,propre prononciation. Il existerait également une volonté grammatologique de déconstruction du modèle linguistico-scientifique, révélant ainsi une critique de l’européocentrisme et de son modèle universel de linguistique (modèle reniant les autres cultures). Ensuite, vient le moment d’évoquer la raison théologique avancée par Heidegger, et que nous pourrions justifier avec les deux arguments suivants. Tout d’abord, selon les trois religions monothéistes, occidentales que sont le Christianisme, l’Islam et le Judaïsme, les Saintes Ecritures sont à l’origine de tout sur Terre et ont pour rôle d’être les actes fondateurs écrits par Dieu lui-même. Pour finir avec toute cette histoire, selon la métaphysique heideggerienne, il existerait une opposition entre d’un côté, le système philosophique et le modèle épistémologique, et, de l’autre, la linguistique structurale, même si les deux visions se trouvent sur un plan logique commun.

Nous allons nous intéresser maintenant à la vision que Derrida a de la linguistique Saussurienne. Dans un premier temps, et contrairement à Saussure, l’auteur de L’étude de l’écriture trouve que l’opposition entre signifiant et signifié dans l’écriture et non avenue, car le signifiant change si on prend la langue ou l’écriture en signifié. Il préfère à ce schéma l’opposition grammatologique entre la présence et la trace, tout en s’appuyant sur le travail d’Heidegger. En continuant dans le même ton, Derrida pense que nous ne devrions pas rechercher de l’écriture dans la langue, mais bien dans l’Être, que nous pourrions définir à la fois comme un réceptacle  pour la langue et l’écriture, mais également sur le plan divin du mot et sa présence originelle. Toutefois, la pensée Derridienne souffre d’un pléonasme en la phrase « toute trace est trace d’une présence, toute présence est déjà trace ». Je trouve cette locution un peu idiote, car elle nous présente une répétition entre ses deux parties : si « toute trace est trace d’une présence », alors forcément que « toute présence est déjà trace ».

Enfin, il faut noter que Derrida parle de l’évolution de l’écriture. Il faut noter qu’au départ, l’écriture était surtout utilisée pour conserver des paroles grâce à des textes archivés. Il y a malgré tout une contradiction entre l’évolution et la perte de l’écriture. Tout d’abord, l’écriture évolue puisque la transcription des paroles pour l’éternité permet plus tard la réflexion scientifique et historique sur ces documents et témoignages d’un autre temps. Dans un second temps, il s’agit également d’une perte, car les paroles ainsi archivées sont des paroles vides de sens (équivalent à des coquilles vides) puisque leurs auteurs sont généralement décédés. Pour finir, selon Derrida, l’écriture est soumise à la culture dans laquelle elle évolue et que nous pourrions qualifier par la citation suivante : « écriture bricolée, écriture sacrée ».

Concluons sur L’étude de l’écriture par les points importants que nous devons retenir de ce livre. La grammatologie a quelques points communs avec la linguistique (comme la volonté d’instiguer une réglementation), mais elle s’en distingue par de nombreux autres points que nous avons évoqué plus haut (comme la différence de formule concernant la venue de l’écriture dans le système de la pensée humaine). Il faut aussi rappeler que Derrida évoque certains points que d’autres auteurs n’avaient pas évoqué, comme l’opposition grammatologique entre présence et trace que nous avons évoqué plus haut.

 

Pour synthétiser tout ce que nous avons évoqué dans cet article, nous pouvons séparer l’écriture en deux parties qui sont, je pense, assez imbriquées : la littérature d’un côté, et la langue de l’autre. Roland BARTHÈS évoque la transformation actuelle de la littérature, passant d’une littérature « classique » à une littérature plus « scénarisée ». Jacques DERRIDA traite quand à lui la différence opposant la linguistique et la grammatologie, différence surtout centrée sur la formulation de l’ordre dans lequel arrivent la pensée, le langage et l’écriture, ordre imposée par la linguistique.

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